Tim Burton possède l'exquise faculté de nous transporter dans un monde fantasmé que nos craintes et nos préjugés nous interdisent souvent d'explorer. Son film Les noces funèbres est un petit bijou onirique. Il flirte avec les morts et les vivants à travers une féerique fable amoureuse où transparaît la terrible réalité des distinctions sociales. D'aucuns persifleront que ce film d'animation revêt un caractère manichéen, où les manigances des méchants n'aboutiront qu'à leur propre perte et pronostiqueront de la victoire des gentils. Mais, au-delà de cet aspect nécessaire à la justice sociale (selon moi !), Tim Burton nous révèle que la mort ne saurait être exclue de la vie, qu'elle y tient une place fondamentale, perpétuellement en tension entre attirance et répulsion. Sans prôner une quelconque doctrine déiste ou animiste, il propose une réflexion sur la relation à la mort par la symbolique du lémure qui vient aiguillonner les croyances des vivants ; les revenants de cette histoire constituant le lien entre le néant et le souvenir vivace des êtres chéris. Caustique, esthétique, poétique et tendre, Les noces funèbres enchante les cœurs et les yeux.