Chacun d'entre nous oscille en permanence entre une multitude complexe de sentiments et d'attitudes à adopter. Un instant nous sommes généreux et compatissants, la seconde d'après nous voici devenus cruels et mesquins. Dans son livre "L'Accroc",

Donald Goines nous met face à un échantillon rarissime de nos plus noires inclinations. Tout y est disséqué avec acharnement : le sexe, la drogue, la violence...

Cet ouvrage anéantit le peu d'espoir grâce auquel je vivotais encore un peu, et me place au rang d'espèce vivante la moins respectable du globe. Pourtant, les personnages de Donald Goines, s'ils jouent à merveille une parfaite caricature de l'être humain, m'attendrissent. Leur parodie de vie m'émeut, me rassure, me rend plus indulgente avec mes congénères. Le salaud de dealer, est un type insignifiant allaité à la frustration ; la jeune paumée, désirable, sensuelle et fragile, est issue d'une famille modeste au sein de laquelle elle est oppressée par un père rigoureux et une mère effacée ; le voyou mal rasé, petit calibre cérébral, qui, toute sa brève existence a été contraint de détrousser des plus petits que lui pour survivre au jour le jour. Leurs rapports sont abjects, leurs joutes verbales incommodantes pour le lecteur, leur vie est obscène de dénuement. Ils clopinent à reculons, dans la défiance tant ils sont rejetés. Malgré tout, ils sont vivants et d'une manière à peine masquée, lancent un signal de détresse du fond du monde de la pauvreté. L'accroc demande à son lecteur d'être bienveillant et sagace, curieux et doté d'un soupçon d'insolence.